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Du plus ancien cimetière que je connaisse, il ne reste que trois stèles gravées de lettres à peu prés illisibles situées sur la terrasse du cèdre devant l'église.

Dans sa monographie de la Commune d'Amance écrite en 1888, M. Convard, instituteur, indique que dans l'église se trouvaient également des pierres tombales complètement usées longues de 2 m sur 0,25 m d'épaisseur.Elles portaient des inscriptions latines et dataient des XIIIe, XIVe, XVe siècles.La plupart d'entre elles portaient des ciboires sculptés dans la pierre. Lors du remplacement du pavage de la nef, beaucoup furent sciées et taillées pour former les degrés du chœur. Les deux qui restent furent déplacées et recouvrent les parties non pavées.

M. Convard indique qu'en enlevant l'ancien pavage, on a creusé sous l'une de ces pierres tombales, à droite et en avant du maître-autel et qu'à 1m75 de profondeur, on a trouvé deux cercueils superposés, scellés à la chaux. À l'examen des squelettes, on pense avoir reconnu les ossements d'un homme et d'une femme. Leurs restes auraient été replacés au même endroit.

Toujours d'après M. Convard, après la révolution, les inhumations se firent dans le centre même du village, dans un cimetière de 5 ares, clos de murs montés à sec mais en 1854 l'épidémie de choléra ayant fait à Amance nombre de victimes, le cimetière fut reconnu insuffisant. On fit donc celui que nous connaissons à 600 mètres à l'ouest du village.

Le cimetière précèdent devint un jardin planté d'arbres fruitiers et de vignes. On en laissa la jouissance à l'instituteur et en 1879 la commune le mit en vente. « Maintenant, une étable recouvre ce qui était autrefois le champ du repos » dit M. Convard. Mais où était l'emplacement de cette étable ? Il ne le précise pas et je doute fort qu'aujourd'hui, on sache encore où se situait cette construction qu'il connut en 1888, tant de bouleversements ayant été causés par la Grande Guerre.

Le cimetière actuel, troisième de son espèce, a donc été installé vers 1854-1855. On ne pouvait concevoir plus mauvais endroit, en plein nord, sur une terre argileuse et en plein dévers. Au fil des ans, rien n'a pu empêcher les vieilles tombes de près d'demi-tonne de basculer, de glisser ou de s'enfoncer dans le sol. Les plus vieilles, couvertes de mousses et de lichens, portent pourtant des noms célèbres liés au passé d'Amance, ceux des familles Mac Dermott de Moylorg et De Loppinot. À la fin du 18ème siècle, Sébastien Louis Mac Dermott, d'origine irlandaise, Chevalier des ordres royaux de St Louis et de la Légion d'Honneur avait servi comme Colonel dans l'armée française, il devint Maire d'Amance sous la restauration. L'histoire de ses descendants les De Loppinot est également liée à celle d'Amance.

Quant à la chapelle bâtie dans le petit enclos qui jouxte le cimetière, elle est le mausolée de M. Collenot décédé en 1876. Homme très instruit, licencié (ce qui n'était pas rien à cette époque), il dirigea la commune pendant trente ans, à la plus grande satisfaction de ses administrés selon M. Convard.

Les ravages du temps n'ont fait qu'accroître la tristesse de cet endroit et lorsqu'en automne, les feuilles mortes du bois voisin viennent recouvrir ces vieux tombeaux, cela ne fait qu'ajouter à la désolation du lieu. Aucun monument, aussi moderne et somptueux soit-il, n'arrive à le rendre plus accueillant, et si souvent, à Amance, on y va à un âge avancé, c'est sans doute parce qu'on n'a pas envie de s'y retrouver pour l'éternité. Qui aurait pensé, lorsqu'il fut implanté là, en ce si triste lieu, que l'entretien en serait aussi difficile et l'accès si malaisé ? Mais à l'époque, le seul luxe fut d'orner de sculptures les montants en pierre de la porte principale. Personne n'aurait pensé à un agencement plus rationnel, ni songé à la beauté du cadre, ce n'était pas dans les usages.

Sans doute, le choléra aidant, fallait-il faire vite, et de plus, chaque parcelle cultivable étant précieuse, on utilisait de préférence les endroits les plus ingrats pour implanter une nécropole afin de ne pas gaspiller la bonne terre, le résultat ne fut pas heureux et tout ceci explique peut-être cela.

Gilbert Parent
Tag(s) : #Patrimoine

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