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MON FAUBOURG

 


Joli quartier de notre village que le début du Faubourg Saint Jean.

La place la Monjoie, ses talus, l'ombrageux prunus du square, la pelouse et son vieux mur, les maisons fleuries et la rue engageante qui conduit au plateau surprennent agréablement dès que l'on a franchi le virage de la rue Saint Jean.

Ma vie s'est passée là.

J'ai usé la route empierrée avec mes premiers souliers, mes sabots, mes petits vernis, mes hauts talons et mes bottes.

J'étais encore en petits souliers quand dehors, tout n'était que ruines. Les bombardements de la grande guerre avaient durement éprouvé le quartier. Des plus proches maisons, il ne restait que les caves : trous béants barricadés au ras des caniveaux. Ces maisons n'ont pas été reconstruites.

À gauche de la rue, le petit bistro des mineurs est devenu jardin. Empiétées de moitié, les ruines des maisons voisines ont permis l'élargissement de la route. Il a fallu plus de cinquante ans pour combler ces emplacements. Dans l'un deux en particulier, on déversait déchets et décombres. Un ancien disait en y jetant des cendres : « ici, un jour, ce sera la place de la « ribouldingue ». ». Expression de l'époque qui signifiait faire la fête avec abus. Cela s'est réalisé beaucoup plus tard ; on y a dansé sous chapiteau, le jour de la fête du village. Le père Jacquot et La Virginie y trouvaient une place pour monter les manèges de petites chaises et balançoires ; un folklore que l'on ne reverra jamais. Aujourd'hui, cet espace est devenu la place la Monjoie.


Bien que très proche, le café de l'UNION a subsisté. À la belle saison, sa porte était toujours ouverte et dehors, son banc invitait au repos. Je traversais souvent la route, attirée par la clarté de la grande salle. M'man Richard, avenante, bien coiffée, le chignon haut, la taille marquée d'un coquet tablier me recevait chaleureusement. J'étais là comme chez moi. En matinée, rares étaient les clients, je remarquais surtout de vieux garçons de culture traînant devant une chopine. L'un d'eux ne m'aimait pas ; il me repoussait ; alors, je m'installais au bout de son banc et je balançais mes jambes tout en m'approchant de lui. « Arrête de charganter » me disait-il « ou je vais te peler les dents ». Des parieurs misaient sur sa capacité à casser des noix avec son arrière-train. Bonjour l'ambiance.J'avais aussi mon entrée dans une autre maison, où vivait la mère et la fille d'apparence aussi âgées ; les cheveux tirés brillants de vaseline à la violette, grand jupon et sombre tablier, le teint de leur visage se confondait avec la couleur des murs blanchis à la chaux légèrement enfumés.La fille brodait de jolis bavoirs pour une mercerie de Nancy ; j'admirais l'agilité de ses doigts et son application à réaliser ce magnifique travail. Mais sans sortie, Julia n'avait pas d'amoureux, alors vis-à-vis des voisins, elle en inventait un, en apportant son travail en ville, elle s'adressait des cartes postales galantes. Ces dames avaient un pensionnaire, un mineur, tout petit homme qui mangeait le tabac et faisait de mauvaises farces aux gamins. Proche et peu rassurant était le tueur de cochon, allant toujours à pieds ; d'élevages en élevages, la musette à l'épaule lourde de sa coutellerie. Rien de gai à espérer de ce curieux entourage. Cependant nous avons joué et ri autant que les autres enfants, notre imagination faisait de peu un objet merveilleux. Un mur écroulé sous un buisson de lierre devenait cabane en dessous et auto sur le dessus, quelques planches, boutique ou carriole, une vieille poutre cheval ou vélo.

Les sentiers étaient à nous, la vie au village s'améliorait doucement. La mine ayant repris son activité, M'man Richard retrouva sa clientèle. Les dimanches, avides de distractions, les hommes se défiaient aux cartes ou aux quilles.Il arrivait souvent qu'en soirée, l'un d'eux pousse sa chanson : le signal était donné, alors au refrain sans se faire prier des voix puissantes s'élevaient à faire frémir.À part « La Madelon » et les « 80 chasseurs » qu'accompagnait un cor, leur répertoire était emprunt d'émotion de sentiments et de mélancolie. Certains airs ne m'ont pas totalement échappé.

Un grand pas a été franchi, le jour ou la fée électricité a jailli dans les foyers et dans les rues, plus de coins sombres, fini d'écrire sur l'ardoise, de coiffer et habiller ma poupée sous la lampe à pétrole.

Dix ans plus tard l'eau arrivait sur les éviers. Plus de corvées au puits, traînant à chaque voyage la chaîne et le crochet qui servait à descendre et remonter le seau, mais perdu le charme des rencontres et des bavardages près de la margelle. Voyant un avenir engageant et aspirant à plus de confort, tous travaillaient dur sans compter les heures ; qui à la mine, au chemin de fer à la brasserie de Champigneulles, n'ayant que le train ou le vélo pour se déplacer.

Au foyer, l'épouse améliorait l'ordinaire grâce à ses travaux d'élevage, jardinage et couture. À peine le temps d'une génération ; de relever la tête et de faire des petits soldats que déjà une autre guerre menaçait préparant une nouvelle aventure.

Marcelle Monzain

Tag(s) : #Témoignages

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