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J'ai fait une recherche sur Amance, et j'ai trouvé ce récit de la bataille du Grand Couronné, que je partage.
L’Humanité 8 décembre 1914
Notes prises sur le Front
Nancy, 3 décembre. (De notre envoyé spécial.) L'échec de l'offensive allemande à Sainte-Geneviève s'est complété par la défaite subie dans l'attaque du plateau d'Amance. Et il faut ici, encore, replacer dans le domaine de la légende tous les récits publiés dès les premiers jours de la bataille sur les opérations effectuées dans cette partie du Grand-Couronné de Nancy.
Des relations aussi dramatiques que fantaisistes nous avaient représenté le plateau d'Amance comme ayant subi des assauts furieux On nous avait esquissé un tableau sinistre ̃de ce terrain jonché de milliers de cadavres allemands et, transformé en un. vaste ossuaire. La vérité est tout autre. Mais plus simple elle est autrement saisissante. La voici telle qu'elle m'est apparue alors que, sur les bords même du plateau, près des tranchées dont quelques-unes sont bordées de tombes, on nous relatait les diverses péripéties de la bataille
Le.plateau d'Amance, à treize kilomètres environ de Nancy, forme un promontoire très élevé qui, à, une altitude de 400 mètres, se dresse face au nord-est et domine de près de 200 mètres une longue plaine s'étendant entre la Seille à gauche et la Meurthe à droite.
La plus grande partie de cette plaine est occupée par la forêt de Champenoux, dont les communiqués officiels nous ont si souvent parlé. La forêt s'étale depuis les marais de Brins1, sur la rive droite de la Seille, jusqu'aux plaines qui bordent la Meurthe. Elle se présente, vue du plateau d'Amance, comme une sorte d'immense triangle sombre. A l'un des sommets, les marais de Brin, à l'autre le Rond-des-Dames, et au troisième un peu au-dessous le village de Champenoux.
Un couloir assez étroit par lequel passe la route de Château-Salins à Nancy, coupe la forêt en deux puis celle-ci reprend par le bois Morel et se continue jusqu'aux limites du village de Velaines, en passant près du hameau de la Neuvelotte.
La forêt de Champenoux est séparée du plateau d'Amance par une étroite lisière de terrain où l'on ne trouve d'autres habitations que deux fermes, celles de la Fourasse et de Fleurfontaine..
Au delà du village de Champenoux, une légère proéminence qui va jusqu'au bourg de Erbéviller.
Sur le flanc gauche du plateau d'Amance, un peu en retrait, une ferme, celle de Quercigny, et une petite localité, La Rochelle2.
Tels sont les points saillants de la région où se sont heurtées les armées allemandes en marche vers Nancy et les troupes françaises formant le centre de l'armée de Castelneau dont la gauche opérait à Sainte-Geneviève et la droite plus à l'est, vers Lunéville sur les hauteurs de Salet-Beauchamp.
La lutte dans les bois
Comme pour les troupes qui avaient défendu les crêtes de Sainte-Geneviève, la retraite avait été des plus pénibles pour celles qui eurent à résister au pied du plateau d'Amance. Les hommes se battaient sans répit, depuis leur premières marches sur Dieuze et Morhange, et leur recul avait été marqué par de longues et fatigantes étapes couvertes sous le feu de l'ennemi, En outre, les privations ajoutaient encore à la gravité des peines supportées, et lorsque la 68e division s'arrêta au village et à la lisière de la forêt de Champenoux, elle était dans un état d'épuisement extraordinaire. Cependant, il fallait faire tête à l'envahisseur et enrayer définitivement sa marche sur Nancy.
Or, pendant cette lutte opiniâtre qui dura près de trois semaines, du 23 août au 12 septembre, ce furent encore les troupes de réserve qui tinrent bon jusqu'au bout et obligèrent les Allemands à reculer. Leurs efforts durent se multiplier. et s'intensifier d’autant plus que l'action de notre artillerie avait été annihilée dès le début des opérations.
On avait bien, en effet, organisé la défense du plateau d'Amance au moyen de tranchées et d'abris destinés à des pièces lourdes. Mais l'artillerie allemande installée sur les deux rives de la Seille hors de la portée de nos canons, pouvait continuer son tir sans risquer le moindre danger. Aussi, commença-t-elle par arroser copieusement le plateau elle fit pleuvoir plus de 20.000 obus sur le promontoire qui, rendu intenable pour nos troupes ne servit jamais de théâtre à une lutte quelconque.
Toutes les attaques qui se poursuivirent pendant les trois semaines, furent donc livrées dans la forêt de Champenoux, sur la route de Château-Salins et au village de Champenoux. La bataille fit rage, surtout dans les bois. Au Rond-des-Dames, à la maison forestière, à la Bouzule, au bois Morel et à la ferme Saint-Jean, nos soldats se battirent désespérément contre des forces très supérieures et soutenues par une artillerie formidable.
Dans les taillis, sous les hautes futaies, les combats se continuèrent, acharnés, féroces. Les charges à la baïonnette se succédaient parfois à quelques minutes d'intervalles et souvent les morts et Ies blessés d'une première rencontre n'étaient pas encore relevés que d'autres morts et d'autres -blessés venaient tomber aux mêmes endroits.
Les péripéties de la bataille
Allumée au sud de Lunéville, sur la droite de notre 20° corps, la bataille gagna peu à peu le centre et s'affirma dès le 6 août,.par une attaque de la 36e brigade de la 98e division, sous les ordres du général de Mordrelle.
Dans cette journée du 26, nos troupes se portent sur le village de Champenoux, le bois Morel et la ferme Saint-Jean. Elles occupent le village. Mais le 27 au soir, il faut se replier et deux nouveaux essais d'offensive tentés le 29 et le 30, se brisent contre la résistance allemande.
Une série d'escarmouches a lieu pendant les premiers jours de septembre, sans que d'un côté ni de l'autre, on puisse enregistrer un succès.
Puis, à la suite de l'arrivée de nombreux contingents ennemis, la bataille prend un caractère d'acuité considérable. Le 4 et le 5, elle consiste en une canonnade terrible qui ravage la forêt, détruit les ouvrages exécutés par nos troupes et réduit nos batteries au silence.
Successivement nous sommes contraints d'abandonner les villages de Champenoux et d'Erbéviller et de nous retrancher près du Rond-des-Dames, de la maison forestière et du village d'Amance.
Au début de la journée du 6, l'ennemi tente de s'emparer du plateau. Il envoie de fortes colonnes pour occuper les fermes de la Fourasse et de Fleurfontaine qui prises et reprises3, sont constamment occupées par l’un ou l'autre des adversaires. En même temps qu'il poussait ces attaques, l’ennemi faisait de terribles efforts sur la route de Château-Salins et réussissait à nous infligerde graves échecs et à se fortifier d'une façon très puissante dans la forêt de Champenoux.
Les positions qu'il tenait étaient d'une extrême importance. Il fallait les reprendre à tout prix. Une offensive est décidée elle commence le 7 au petit jour, par une violente action d'artillerie, puis se continue par une attaque exécutée par le 206°, arrivé l’avant-veille sur le terrain, et qui se alnce dans les bois. En quelques instants, l'effectif de ce régiment est réduit de moitié il cède le terrain et c'est alors le 212°, placé en seconde ligne, à la lisière de Ia forêt, qui subit l'assaut furieux des forces allemandes.
À, son tour, le 212° est tellement atteint, qu’il doit se retirer. Une seule unité, le 314° tient encore; mais avec des pertes terribles.
Les derniers efforts
La situation était des plus critiques. Il fallut amener des renforts prélevés sur les divisions voisines pour que, le 8 au matin, on reprît l'offensive. Devant des forces considérables, nos soldats ne purent remplir leur mission. Mais les deux armées étaient épuisées il y eut une, trêve de vingt-quatre heures. Dans la nuit du 9, les Allemands parvinrent à installer deux pièces de gros calibre qui envoyèrent sur Nancy une cinquantaine d'obus.
Le 10, de nouveaux renforts nous arrivèrent de Toul. On reprit l'attaque sans plus de succès. Nos soldats luttaient sans cesse, alors qu'ils étaient exténués, sans vivres depuis deux jours, et se faisaient tuer dans une sorte, de rage exaspérée. Le régiment venu de Toul, le 156°, fut tellement frappé, qu'il fallut le remplacer par le 143e.
La bataille continua aussi âpre, aussi farouche. Et le 11, vers midi, nous parvenions à reprendre pied dans la forêt, jusqu’à la maison forestière. Nous avancions vers le Rond-des-Dames et jusque sur les marais dé Brin, et la rive gauche de la Seille.
Les Allemands étaient eux aussi épuisés, ils avaient perdu près de sept mille hommes pendant ces trois semaines de combats incessants. Aussi, le 12 septembre, leurs colonnes se retiraient vers la frontière, sans avoir pu atteindre un seul moment le pied même du plateau d'Amance.
La bataille des trois rivières était finie : Nancy était sauvé et Guillaume voyait crouler son rêve d'entrer en brillant cortège dans la capitale lorraine.
(à suivre)
Raymond Figeac.
1(sic)
2La Rochette ?
3Fleurfontaine n’a pas été prise par l’armée allemande (note FM)
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