Extraits de Histoire de la Lorraine. L'époque médiévale par Michel Parisse (Serpenoise PUN)
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Une troisième intervention de type féodal est à mettre à l’actif de Frédéric Ier en Lorraine. Elle eut lieu en 1178 et consista à transférer la suzeraineté
impériale sur le comté de Mousson au bénéfice du comte de Bourgogne. L’opération peut paraître complexe, elle est parfaitement logique. Frédéric Barberousse avait entrepris de constituer un
groupe restreint de princes, laïques et ecclésiastiques, qui relèveraient directement de sa personne, et du même coup il « médiatisait »les comtes et seigneurs, qui étaient encore
ses vassaux directs, c’est-à-dire qu’il les plaçait dans la vassalité d’un « prince d’Empire ». Dès lors le comte de Bar, qui avait dû reprendre Mousson en fief du roi Henri V en 1113, fut
obligé en 1178 de relever ce fief de l’impératrice, qui était dame du comté de Bourgogne. Ce transfert de suzeraineté concernait le château de Mousson et aussi les biens barrois d’Amance et de Briey. L’opération se réalisa à Besançon en 1178, au retour d’Italie de l’empereur et à la faveur de la première visite que lui faisait le jeune Henri Ier
comte de Bar depuis 1170, mais majeur et chevalier depuis moins longtemps. Ces interventions féodales ne sont pas à considérer au niveau de l’anecdote, elles manifestent une certaine conception
dans l’organisation du pouvoir, l’empereur ne voulant plus avoir à faire directement en Lorraine qu’au duc et aux trois évêques.
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Frédéric II, dès 1212, était venu près de Vaucouleurs rencontrer l’héritier de la couronne française, Louis, et se trouvait en bons termes avec le duc Ferri II.
L’affaire de Bouvines, l’attitude de Thiébaut 1er et de quelques Messins ramenèrent le jeune roi allemand en Lorraine, à Metz plus précisément fin 1214 et en 1215, où il alla même jusqu’à
organiser dans la cité la sauvegarde de la paix. L’attitude du souverain était claire il ne voulait pas se désintéresser du destin des grandes villes et freinait l’ambition des bourgeois. A
Metz, il parvint à placer, sur le siège vacant de Bertram, son propre chancelier, Conrad de Schwarzenberg, lequel, grâce à l’autorisation exceptionnelle d’Innocent III, put garder en même
temps son siège de Spire.
Le duc Thiébaut n’avait pas compris où était son intérêt. Il crut bon de soutenir contre la comtesse de Champagne l’action de
son compétiteur Erard de Brienne, ce qui par contrecoup le plaçait dans un camp hostile à Philippe-Auguste et aux Staufen. Par une maladresse insigne, il prit possession par la force de la ville
alsacienne de Rosheim, laissée en gage à son père par Frédéric II. Le résultat fut la réplique armée de troupes allemandes, auxquelles s’associèrent des Champenois. Nancy connut l’incendie. Le
jeune duc fut assiégé à Amance et ne put trouver d’allié qui vînt le délivrer. Le .1er juin 1218, il dut passer par la volonté du roi et s’incliner devant
les volontés de la comtesse Blanche, abandonner ses alliés champenois et quelques vassaux, demeurer enfin plusieurs mois dans l’entourage de Frédéric II, loin de son duché. Sa mort brutale en
février 1220 fit naître la suspicion d’un empoisonnement suscité par ses plus grands adversaires.
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Dans cette évolution du régime féodal le comte de Bar sut le mieux jouer des institutions vassaliques donnant des fiefs à des vassaux peu puissants, acceptant les
terres de candidats à la vassalité, sollicitant des fiefs auprès des évêques, des abbés, des ducs. Par ce système, par la conquête, par l’achat, le comte ne cessa d’agrandir et de renforcer son
comté dans toutes les directions, au détriment de tous ses voisins. Thiébaut Ier donna le ton, Henri 11(1214-1239) suivit la même voie, Thiébaut II (1239-1290) accéléra le mouvement. Certains
ducs se montrent aussi habiles Mathieu Il le premier (1220-1251), puis Ferri III (1251-1303). Les deux très longs règnes d’un comte de Bar et d’un duc de Lorraine particulièrement dynamiques
dans la consolidation de leur principauté ont préparé la Lorraine des siècles suivants. Le comte gagna du terrain dans l’Ardenne au nord et le Bassigny au sud, jusqu’à Chiny d’un côté, Lamarche
et Chatillon-sur-Saône de l’autre il poussa des pointes vers l’est, à partir de Mousson vers le Saulnois, à partir de Bourmont vers la Vôge. Il finit par gouverner une large bande de terres de
cinquante ou cent kilomètres ou plus de large, axée sur la Meuse et l’Ornain, mordant sur l’Argonne et la Woëvre, après avoir littéralement rongé le temporel épiscopal verdunois. Le duc de
Lorraine, pendant ce temps, largement dominant dans le sud du pays et s’appuyant sur les temporels monastiques vosgiens, renforça ses positions sur la Meurthe autour de Nancy et d’Amance, puis gagna du terrain en direction du nord-est. Par le gain de grosses forteresses comme Morsberg, Montclair, Schwarzenberg, Schaumberg, Blieskastel, il créa ce qui
devait devenir le bailliage d’Allemagne. Dans la Lorraine germanophone, le duc acquérait de la sorte une position qui en faisait un partenaire des seigneurs et princes rhénans.
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Charles le Téméraire avait besoin de la Lorraine; il se mit donc aussitôt en relations avec le nouveau duc voisin et s’accorda avec lui le 15 octobre 1473; les soldats bourguignons furent
autorisés à s’établir dans plusieurs forteresses: Epinal, Darney, Neufchâteau, au sud, Amance et Prény sur l’axe central; au nord, Charles possédait Thionville
avec le Luxembourg. Ainsi une ligne de communications était-elle ouverte entre le Luxembourg et la Bourgogne. La vallée de la Meuse lui demeurait nécessaire ; en tenant le Barrois, le roi de
France pouvait en gêner l’utilisation.