
La place la Monjoie, ses talus, l'ombrageux prunus du square, la pelouse et son vieux mur, les maisons fleuries et la rue engageante qui conduit au plateau surprennent agréablement dès que l'on a franchi le virage de la rue Saint Jean.
Ma vie s'est passée là.
J'ai usé la route empierrée avec mes premiers souliers, mes sabots, mes petits vernis, mes hauts talons et mes bottes.
J'étais encore en petits souliers quand dehors, tout n'était que ruines. Les bombardements de la grande guerre avaient durement éprouvé le quartier. Des plus proches maisons, il ne restait que les caves : trous béants barricadés au ras des caniveaux. Ces maisons n'ont pas été reconstruites.
À gauche de la rue, le petit bistro des mineurs est devenu jardin. Empiétées de moitié, les ruines des maisons voisines ont permis l'élargissement de la route. Il a fallu plus de cinquante ans pour combler ces emplacements. Dans l'un deux en particulier, on déversait déchets et décombres. Un ancien disait en y jetant des cendres : « ici, un jour, ce sera la place de la « ribouldingue ». ». Expression de l'époque qui signifiait faire la fête avec abus. Cela s'est réalisé beaucoup plus tard ; on y a dansé sous chapiteau, le jour de la fête du village. Le père Jacquot et La Virginie y trouvaient une place pour monter les manèges de petites chaises et balançoires ; un folklore que l'on ne reverra jamais. Aujourd'hui, cet espace est devenu la place la Monjoie.

Les sentiers étaient à nous, la vie au village s'améliorait doucement. La mine ayant repris son activité, M'man Richard retrouva sa clientèle. Les dimanches, avides de distractions, les hommes se défiaient aux cartes ou aux quilles.Il arrivait souvent qu'en soirée, l'un d'eux pousse sa chanson : le signal était donné, alors au refrain sans se faire prier des voix puissantes s'élevaient à faire frémir.À part « La Madelon » et les « 80 chasseurs » qu'accompagnait un cor, leur répertoire était emprunt d'émotion de sentiments et de mélancolie. Certains airs ne m'ont pas totalement échappé.
Un grand pas a été franchi, le jour ou la fée électricité a jailli dans les foyers et dans les rues, plus de coins sombres, fini d'écrire sur l'ardoise, de coiffer et habiller ma poupée sous la lampe à pétrole.
Dix ans plus tard l'eau arrivait sur les éviers. Plus de corvées au puits, traînant à chaque voyage la chaîne et le crochet qui servait à descendre et remonter le seau, mais perdu le charme des rencontres et des bavardages près de la margelle. Voyant un avenir engageant et aspirant à plus de confort, tous travaillaient dur sans compter les heures ; qui à la mine, au chemin de fer à la brasserie de Champigneulles, n'ayant que le train ou le vélo pour se déplacer.
Au foyer, l'épouse améliorait l'ordinaire grâce à ses travaux d'élevage, jardinage et couture. À peine le temps d'une génération ; de relever la tête et de faire des petits soldats que déjà une autre guerre menaçait préparant une nouvelle aventure.
Marcelle Monzain
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